La mauvaise éducation fait-elle vraiment son retour aujourd’hui ?

Les salles de classe n’ont jamais été des sanctuaires de silence. Entre les éclats de voix, les débats improvisés et, parfois, les tensions, le quotidien scolaire s’écrit à l’encre vive. Pourtant, un malaise s’installe : enseignants et parents se retrouvent à pointer du doigt ce qu’ils perçoivent comme une aggravation des comportements. Insolence, interruptions répétées, manque de respect… Tout concourt à faire croire que la « mauvaise éducation » reprend du terrain.

Mais cette impression mérite d’être scrutée à la loupe. Faut-il y voir le simple reflet d’une nostalgie pour une époque idéalisée ? Est-ce que les repères ont évolué ? Ou bien observe-t-on une nouvelle manière, plus visible, qu’ont les jeunes d’affirmer leur personnalité ?

Les indicateurs qui révèlent la réalité de l’éducation

Pour mesurer la qualité de l’enseignement, différents outils et évaluations jalonnent le parcours des élèves. Prenons la DEPP, qui organise régulièrement des évaluations portant sur la lecture, l’écriture, les mathématiques ou encore les sciences. Ces tests servent à dresser un état des lieux précis des acquis à chaque étape de la scolarité.

À l’échelle internationale, plusieurs enquêtes offrent des repères concrets :

  • PISA analyse les compétences en mathématiques, en sciences et en lecture à 15 ans.
  • PIRLS s’intéresse à la compréhension de la lecture à l’âge de 10 ans.
  • TIMSS se concentre sur le niveau en mathématiques et en sciences à 10 ans également.

Côté national, d’autres outils permettent d’aller plus loin :

  • CEB pour les élèves de sixième année primaire.
  • CE1D à la fin du premier degré du secondaire.
  • CESS en fin de secondaire supérieur.

Ces repères offrent un panorama du système éducatif et mettent en lumière non seulement les acquis des élèves, mais aussi l’efficacité des méthodes pédagogiques et la pertinence des ressources disponibles. Les suivis menés par la DEPP en France, par exemple, permettent d’observer l’évolution des résultats, d’identifier des points de blocage, mais aussi des leviers de progrès pour l’ensemble du système éducatif français.

Les évaluations internationales, comme PISA, PIRLS ou TIMSS, offrent un regard transversal sur les forces et les faiblesses des différents modèles éducatifs à travers le monde. Elles révèlent des écarts parfois marqués, pointant la nécessité de politiques publiques adaptées, de réformes concrètes et d’un engagement continu pour faire bouger les lignes.

Perceptions, ressentis et réalités du niveau éducatif

L’APED a interrogé les enseignants belges en 2023. Le constat est sans appel : 81% des enseignants flamands et 65% des enseignants francophones jugent que le niveau baisse. Ce sentiment de recul est largement partagé, et il pèse sur le débat public.

Ce qu’en disent les spécialistes

Dans un dossier publié par L’École démocratique en septembre 2024, plusieurs voix se sont élevées pour décrypter ces évolutions. Philippe Meirieu, Moritz Lennert, Anne Morelli et Johan de Wilde analysent des dynamiques multiples : massification de l’accès à l’école, fractures sociales, réformes pédagogiques parfois mal comprises… Les causes sont complexes, les réponses ne peuvent pas être simplistes.

Des écarts selon les régions et les pays

Les différences sont parfois saisissantes, comme en Belgique, où la Flandre et la Fédération Wallonie-Bruxelles affichent des perceptions contrastées. Les enseignants flamands sont particulièrement nombreux à signaler une baisse de niveau. En France, le débat sur la qualité de l’éducation est récurrent. Le ministre de l’éducation nationale, Pap Ndiaye, a récemment insisté sur l’urgence de réformer le système éducatif pour répondre à de nouveaux défis.

  • En Belgique, la fracture entre régions ne cesse de s’amplifier, chaque communauté ayant ses propres priorités et ses propres difficultés.
  • En France, le dialogue sur l’école ne s’arrête jamais, oscillant entre nostalgie du passé et quête de solutions pour demain.

Les ressentis sur la baisse du niveau ne sont donc ni homogènes ni figés. Les analyses de Philippe Meirieu et de ses pairs rappellent que ces perceptions s’enracinent souvent dans le contexte social, les politiques éducatives et la manière dont chaque société façonne l’école.

mauvaise éducation

Des répercussions concrètes pour enfants et parents

La conviction d’un recul du niveau scolaire n’est pas sans effet sur les familles. Elle influence les choix éducatifs, le climat à la maison et l’état d’esprit des élèves.

Ce que vivent les enfants

Les conséquences se font sentir de plusieurs façons :

  • Stress et anxiété : Les exigences accrues pèsent sur les élèves. Quand la pression monte, certains développent des troubles anxieux, d’autres voient leur confiance s’effriter.
  • Désengagement scolaire : Face à des attentes jugées inaccessibles, le risque de décrocher augmente. L’école peut alors perdre de son sens pour les jeunes les plus fragiles.

Ce que subissent les parents

Les familles ne sont pas épargnées :

  • Pression financière : Beaucoup investissent dans des cours particuliers ou du soutien afin de compenser ce qu’ils perçoivent comme des failles du système.
  • Inquiétude constante : L’angoisse de voir son enfant pénalisé dans sa trajectoire future est omniprésente, alimentée par le climat ambiant et les discours alarmistes.

Les enquêtes menées par la DEPP, PISA, PIRLS et TIMSS soulignent que les résultats varient fortement selon les contextes. Les tests comme le CEB, CE1D et CESS en Belgique illustrent bien les défis propres à chaque étape de la scolarité. Mieux comprendre ces dynamiques, c’est aussi mieux cibler les politiques éducatives à mettre en place.

L’inquiétude des familles est souvent amplifiée par les débats médiatiques et politiques autour de la qualité de l’enseignement. Les analyses de spécialistes tels que Philippe Meirieu ou Anne Morelli mettent en avant un effet pervers : ces perceptions négatives risquent d’exacerber les inégalités et de fragiliser la confiance envers l’école.

Au bout du compte, la façon dont chacun perçoit le niveau scolaire influence bien plus que les notes : elle façonne les trajectoires, les ambitions, et parfois même les espoirs d’une génération. Si la mauvaise éducation devait faire son retour, elle ne frapperait pas à la porte, elle s’inviterait dans les conversations, dans les choix, et jusque dans les rêves d’avenir. Est-ce la réalité du terrain ou le reflet de nos propres inquiétudes ? La question reste ouverte, et le débat loin d’être clos.